Orodara, Burkina Faso

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A mon arrivée à Sciences Po, j’ai entendu parler d’un projet de solidarité internationale au Burkina Faso et j’ai eu envie d’en savoir plus. Il s’agissait de passer un mois et demi dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, dont trois semaines dans les environs d’Orodara. Le directeur d’une école et propriétaire d’une ferme était à l’initiative du projet. L’année précédente déjà, des étudiants de l’IEP étaient allés donner des cours de soutien à des collégiens. L’idée était de suivre une même classe, chaque été, jusqu’à l’obtention de leur brevet. Ca m’a plu, et je me suis engagée dans l’association.

Pendant les mois qui ont précédé notre départ, il a fallu tout organiser: demande de subvention, récolte de matériel scolaire et informatique, formation aux projets de solidarité internationale, etc.  Fin Juillet, nous étions treize à partir pour Ouagadougou.

A peine débarquée dans ce pays, j’ai été immédiatement frappée par l’odeur et la chaleur qui me rappelaient beaucoup l’Inde. Nous avons passés une nuit (peut-être deux) à Ouaga, dans la maison de Boureima, le directeur de l’école. Puis nous sommes partis, dans plusieurs Jeep, à Orodara. Nous sommes arrivés en fin d’après-midi à la ferme, au milieu de la brousse, à une quinzaine de minutes d’Orodara. En nous voyant, un petit garçon, Amadé, a eu peur: il n’avait jamais vu de Blancs. Assita, la maîtresse de maison, nous a accueilli, rayonnante.

Contrairement à tous les autres, je n’ai pas tenu de carnet de voyage pendant le séjour, j’essaye donc de me rappeler des détails, d’après les photos.

Nous dormions dans des cases, en dur. Certes il n’y avait pour seuls meubles que des matelas au sol, mais aucun de nous n’a été gêné. C’était exactement comme si on faisait du camping. Sauf que l’on se douchait avec des seaux, à l’eau de pluie récoltée sur le toit. Nous avions des pastilles pour nettoyer l’eau au cas où l’eau de pluie venait à manquer et qu’il fallait prendre l’eau du marigot pour se laver. Il me semble que ce n’est arrivé qu’une seule fois.

Pour avoir de l’électricité, il fallait faire marcher le générateur, très bruyant. Et pour communiquer avec l’extérieur, nous montions sur le toit pour téléphoner.

La ferme était donc composée de plusieurs cases dans lesquelles les employés de Boureima et nous dormions. Au centre, se trouvait la maison de Boureima et Assita, avec un petit salon dans lequel nous passions notre temps libre à lire et à jouer aux cartes. Et il y avait un hamac.

A l’arrière de la ferme, il y avait un four à pain, et à l’avant, la salle de classe et la bibliothèque. Quelques mètres plus loin, dans la brousse, avaient lieu les matchs de foot, entre nous ou avec les élèves.

Pour faire notre lessive, nous allions au marigot – dans lequel vit un crocodile. Les femmes frottaient le linge contre les pierres rouges pour le rendre impeccable mais à chaque fois que j’ai essayé, le mien est ressorti tout orange…

Difficile de résumer tout ce temps passé à la ferme! Je me rappelle que pendant les deux premières semaines, nous ne sommes pas sortis de la ferme et j’ai commencé à me sentir mal. Jamais dans ma vie je n’étais restée à huit-clos avec un groupe. Cette expérience m’a appris que je ne pourrais JAMAIS participer à Secret Story ! Heureusement, au bout de deux semaines, il a fallu aller acheter de l’eau à Orodara et j’ai été ravie d’y aller avec Manon. Le simple fait de changer de décor pendant deux heures a été une vraie bouffée d’air frais.

Ensuite, les cours ont commencé. Nous avions chacun une spécialité et des groupes de trois élèves. J’avais choisi de faire du soutien en français et mes trois élèves étaient très réceptifs. Ils avaient beaucoup de question à me poser sur la grammaire, la conjugaison puisque les cours qu’ils suivent pendant l’année au lieu avec un grand nombre d’autres élèves et le professeur n’a pas le temps d’aider chacun d’entre eux. Avec ces trois garçons, je faisais des jeux, lisais des petits libres et écrivais des rédactions. J’ai l’impression qu’ils ont progressé pendant l’été et j’espère qu’ils ont retenus quelques petites astuces pour les aider à l’avenir.

En parallèle des cours, nous avons aussi organisé trois pièces de théâtre sur des thèmes choisis par le directeur: la prostitution, l’excision et le départ pour la ville. Rachid, le neveu de Boureima, a écrit les dialogues. Les élèves se sont pris au jeu et j’étais assez bluffée de voir les filles jouer l’excision si facilement, alors même que c’est encore une réalité dans le village. On a aussi lancé un grand jeu avec des personnages et des épreuves et les élèves, comme nous, ont adoré cette journée.

Pendant tout le séjour, je me suis aussi vraiment attachée à Amadé, 3 ans, qui nous suivait partout. Je le prenais toujours dans mes bras, lui apprenais des mots en français (« petit chat! ») et lui lisais des livres, comme je l’aurai fait avec un enfant de son âge en France. Mais c’était sans doute une erreur, puisque à chaque fois que nous sommes partis plusieurs jours en dehors de la ferme, c’était un déchirement pour lui…

J’allais oublier la chasse aux crocodiles ! Au sommet de la hiérarchie du village se trouve le vieux chasseur. En théorie, il a le droit de vie ou de mort sur tout le monde. Le crocodile est un animal sacré que lui seul est autorisé à tuer. On nous a raconté que s’il voulait liquider quelqu’un il pouvait mettre de la bile de crocodile dans sa nourriture et le tuer sur le champ… Bref, je n’étais pas enchantée quand il nous a proposé à tous de partir dans la forêt chasser le croco une nuit. Parce que la nuit à la ferme, au milieu de nulle part, il n’y a pour seule lumière que les étoiles. Et au sol grouillent plein de serpents et autres fourmis vénéneuses assez chouettes. Nous l’avons suivi, en botte, les pieds dans le marigot, avec nos lampes torches. Je pense avoir fait une dizaine de crises cardiaques cette nuit là. J’étais terrorisée. L’un de nous (je tairais son nom), a été attaqué par des fourmis qui font très, très mal, et il a été obligé de se mettre en caleçon pour parvenir à s’en débarrasser… Avec sa lumière, le vieux chasseur parvenait à voir les yeux des crocodiles de très loin. Il s’amusait à nous les montrer mais je ne partageais pas vraiment son enthousiasme. Je n’ai jamais été aussi heureuse de retrouver mon lit ce soir là !

Enfin, un matin, je me suis réveillée tranquillement. Nous dormions sous des moustiquaires. Re-précisons que sans mes lentilles, je suis aveugle. Quelle bonne surprise j’ai eu quand j’ai distingué à deux centimètres de mon visage la silhouette d’un scorpion noir et rouge. Bizarrement, j’ai gardé mon sang froid et me suis glissée hors du lit. J’ai réveillé Rachid qui dormait dans la même pièce, pour qu’il me rassure sur cette petite bête: « elle est inoffensive, pas vrai ? ». Il l’a regardé et est parti en hurlant. Chouette ! Heureusement, quelqu’un est arrivé et l’a attrapé, en me disant simplement que ce scorpion était mortel.

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